En mémoire de David Marcelin (a.k.a Le Strange ) !

Mon amitié avec David Marcelin remonte à 1988. Dès le début de notre rencontre en deuxième année, j’avais pressenti une connexion artistique et créative  entre nous deux. Nous avions une passion commune à l’époque qui était le dessin. Lorsque David est arrivé à l’école primaire Montrose, il y a amené une créativité et originalité au niveau des arts. J’étais à Montrose depuis la maternelle voire 1986. Personne ne dessinait comme David dans cette école multiculturelle qui certes regorgeait de talents issus de divers horizons. David avait la fibre artistique, c’était une version haitiano-montréalaise de Picasso, Riopel et Van Gogh. 
Dès la 2ième année, il a dû se battre pour démontrer qu’il avait une fibre artistique très avant-gardiste et en avance sur son temps. Notre professeure de 2ième année Lise Gascon une québécoise de descendance canadienne-française très sévère prenait un vilain plaisir à harceler les élèves de notre groupe faisait de son mieux pour casser la créativité artistique que moi et David avions en commun.

Photo de groupe du primaire à l’école Montrose (1989-1990) sur laquelle David Marcelin et moi Vladimir Delva (Kapois Lamort) y figurons.

Nous ne nous sommes pas laissés intimider par celle-ci et nous avons continué à développer notre passion pour le dessin. C’était une époque où certains enseignants du primaire dans plusieurs écoles multiculturelles de Montréal faisaient preuve de violence et d’harcèlement face aux élèves. Cela a laissé des séquelles sur la psychologie de plusieurs jeunes de ma génération. Au début de la décennie 90′, cette prof est partie à la retraite et des mesures ministérielles du Québec on interdit que les professeurs fassent preuve de violence ou d’intimidation face aux élèves. Cela a été nettement positif pour notre établissement, l’école primaire Montrose de Montréal (Qc). C’était en 1991 que David avait été couronné grand gagnant du concours Méritas à Montrose. 
Spécifiquement, c’est un concours scolaire et ministériel du Québec qui vise à récompenser par des bourses d’argent des élèves du primaire et du secondaire dans diverses disciplines confondues. David le dessinateur par excellence de Montrose, voire notre Picasso haitien de Montréal avait remporté l’édition de 1991-1992. Notre enseignante de 5ième année,  Rose-Marie Saint-Eloi , une haitienne qui aimait s’exprimer en créole une fois la porte de la classe fermée ne cessait  d’encourager artistiquement David en lui disant « Ti Gason pa gen moun ki atist tankou’ pa gen moun ki fo nan dessin tankou’ »  C’est aussi en cette période que j’ai capitulé avec le dessin pour me réorienter dans le domaine de la poésie et éventuellement la culture Hip-Hop. Personne ne pouvait compétitionner avec David en dessin.  Dorénavant, je remplissais mes cahiers canada de récit et de contes imaginaires. Je montrais mes cahiers et mes histoires à David qui synthétisait  le tout en dessin et même par moment en bande-dessinée. Notre obsession pour les bandes-dessinées nous amène à en acheter après les heures de classe dans des lieux spécialisés comme la boutique Marvel Comics sur Jean-Talon près de Pie-IX. Un projet très spécial sur lequel j’ai bossé avec David vers la fin de mon primaire et jusqu’en secondaire 1 était la structuration descriptive d’un jeu vidéo « MIX FIGHTER » moi, David et beaucoup de jeunes du primaire et de nos quartiers étions des amateurs de jeux vidéos tels que Street Fighter et Mortal Kombat. Le projet MIX FIGHTER était composé d’une centaine de personnages que David avait dessiné à l’âge de 12 et moi je m’occupais de faire la description biographique de ces derniers. Un bon jour à mon retour d’une journée d’école en première secondaire, j’avais constaté que ma mère avait jeté aux ordure tous les dessins effectués par David. J’ai grandi dans un foyer excessivement strict, baptiste et évangélique et ma mère étant une diacre d’église très prosélyte à l’époque n’avait pas une grande ouverture culturelle pour tout ce qui était de développement artistique et créatif. 

Portrait cosmique de Jimmy Hendrix par David Marcelin


Ce geste de ma mère m’a grandement affecté et a aussi créé une distance amicale entre moi et David pendant quelques années. Je l’ai contacté en 98′ pour lui faire part du décès de ma mère suite à un terrifiant cancer du sein. Nous avions ainsi repris contact de manière sporadique. On repris un contact en présentiel, un peu plus assidu au début de la décennie 2000, pour être spécifique vers 2004. J’avais croisé David dans une station de métro, il était alors accompagné d’une ravissante demoiselle du nom de Shani qui allait devenir sa conjointe pour le restant de ses jours. David m’a alors dit qu’il était très passionné non seulement de dessin mais par le  développement des nouvelles technologies et de l’avancée de l’Internet. C’est alors qu’il me proposa de travailler sur un site web qui pourrait m’aider en tant qu’écrivain, poète et artiste hip-hop. Entre 2004 et 2006, il m’aida non seulement à concevoir ce site web éphémère mais aussi il réalisa la conception graphique de divers manuels en format fascicule accentués sur  l’histoire panafricaniste et afrocentrique sur lesquels je travaillais à l’époque ; notamment « De la Création au Négrier  » (axé sur l’histoire antique et ancestral des populations noires avant la venue de l’occidentalisation) et »Plume Noire » (axé sur les grands penseurs et écrivains afro-descendants d’hier à aujourd »hui) (VOICI DES IMAGES). Ces livres ont eu une bonne réception au sein de la Ethnic Origin Bookstore de Montréal (entre 2005 et 2007), l’une des rares librairies à l’époque à Montréal (Qc) qui vendait des livres axés sur l’afrocentrisme et le panafricanisme. Une érudite  universitaire de l’Université Concordia et travailleuse sociale du nom de Murielle Crane était ébahie par la conception graphique de David pour mes fascicules historiques. Elle me demanda  le contact de ce dernier. Elle souhaitait à tout prix qu’il puisse concevoir la couverture de son ouvrage à venir « UNVEIL: An appeal to consciousness » .

Livre de Murielle Crane « Unveil: An Appeal to Consciousness » dont la couverture fut réalisée par David Marcelin

Cet ouvrage publié en 2007 sous les éditions new-yorkaises et américaine, Seaburn Publishing Group a eu un impact très constructif auprès des communautés  racisées du Canada, des États-Unis, de l’Europe, de l’Afrique et des Caraïbes. Au début de la décennie 2010, soit entre 2011 et 2013, j’ai rencontré David à quelques reprises pour qu’il puisse m’aider à effectuer la conception infographique du logo de ma compagnie artistique Production Noire. Il m’a grandement aidé à concevoir ce logo que j’arbore fièrement aujourd’hui et qui restera éternellement celui de ma compagnie artistique. C’est aussi à partir de cette période que l’on commençait à moins se voir en présentiel au cours d’une année. Les raisons étaient variables. David était pas mal occupé avec le travail. C’est ce qu’il me répétait toujour par texto ou par courriel « très busy avec le travail, busy at work right now but available by text or email » Cependant, nous nous sommes donnés comme promesse de toujours nous envoyer des souhaits d’anniversaire par courriel ou texto à partir de 2013-2014.

trame graphique de mon album « Apéritif mortel d’un emcee Sanpwel 2.2 » réalisé par David Marcelin

Nous étions parmi ces rares amis du primaire et des années Montrose remontant à la décennie 1980 qui étaient toujours restés en contact. Il y a d’autres gens que je voyais occasionnellement  à Montréal tels que : Percy Henri Kenan (paix à son âme, évangéliste et enseignant à l’école F.A.C.E, mort durant la période la Covid19), Richard Destiné (un grand technologue dans le domaine du T.I avec la firme GeniusXR à Mtl) ou Shirley René (actuellement professeur dans un collège privé pour adulte). Cependant, la connexion que j’avais avec David a toujours été exceptionnelle, particulière et réciproque et ceux en raison que nous étions deux atomes crochus « passionnés » de l’art, du dessin et de la musique. David était un grand admirateur  de 50Cent. C’était un de ses artistes préférés et il ne cessait de rêver du jour où ses dessins , mes écrits et ma musique nous auraient rendu populaire comme Curtis Jackson.

page couverture de mon premier roman Marie-Angélick 2020 réalisé par David Marcelin

Marie-Angélick 2020 est un des derniers projets sur lesquels j’ai travaillé avec David c’était mon tout premier roman réalisé en 2022, une fiction futuriste axée sur le paradigme de l’esclave Marie-Josèphe Angélique personnage mythique de la Nouvelle-France. Je travaillais de manière simultané sur un album de trap occultiste « Apéritif Mortel d’un emcee Sanpwel 2.2 » à cette même période. Pour cadeau d’anniversaire en date du 29 décembre 2022, j’ai envoyé par la poste une copie de mon roman et de celui de Murielle Crane à David. Il fut ravi de les recevoir. C’est aussi à cette époque qu’il me parlait de l’accomplissement familial qu’il venait de faire, soit un investissement pour l’achat d’une maison pour sa tendre et adorable mère  Jocelyne Bertin et de sa nièce Nadège.

À plusieurs reprises au cours de l’année 2023, j’ai tenté de relancer David pour une rencontre en présentiel. Cependant, il me disait qu’il était très occupé en raison de plusieurs restructurations au travail. Je ne me doutais de rien. Sauf que cela devenait un peu trop cyclique de réduire notre amitié qu’à des courriels et des textos. En 2024, je lui fis part par texto de divers problèmes de santé que je commençais à avoir dû à une surcharge professionnelle. Il m’avait confié à l’époque dit qu’il appréciait que le fait que je puisse lui en parler et qu’effectivement qu’en tant qu’homme noir et racisé en Occident on avait souvent le réflexe d’étouffer nos traumatismes, un réflexe néfaste sur le plan psychique tel que prouvé par les  études effectuées par des psychologues afro-américains comme Dr Naim Akbar et Edward Bruce Bynum Ph.D.

J’ai grandement admiré les paroles constructives et remplies d’empowerment que je pouvais retrouver dans les conseils de David à cette époque. À l’automne 2025, David désirait m’envoyer un cadeau pour mon anniversaire. C’était un tableau me disait-il. Je trouvais cela un peu particulier qu’il souhaite me l’envoyer avant la fin novembre. J’ai eu bcp de difficultés pour l’intercepter.

Finalement, j’ai dit à David que ce serait mieux qu’on se rencontre finalement et pour de bon au cours de la période des fêtes pour que je puisse le recueillir. La réponse qu’il m’envoya par courriel était un peu ambivalente « pas de problème, j’attend que le print (colis) retourne chez moi et je te tiendrai au courant. La vie est très stressante » Je ne savais que cette dernière phrase était lourde de sens et la dernière que David m’enverrait de sa vie. En date du 24 novembre 2025,  jour de mon anniversaire, j’ai reçu un appel téléphonique et je pouvais voir le numéro et le nom de David à l’écran de mon cellulaire. Je pensais qu’il m’appelait pour me dire bonne fête. Je jubilais et j’étais content. Cependant, c’était sa conjointe Shanie qui me téléphona pour me dire que David était hospitalisé et qu’il lui restait peu de temps à vivre. 

CONCLUSION :

Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil? Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. ÉCCLÉSIASTE 1 (VERSET 1À4)Par conséquent, David Marcelin était un homme cristallisé et aligné dans sa passion dont les œuvres parmi nous continueront de subsister. Cette forme de cristallisation nous permet de nous investir à fond dans notre passion qu’elle soit reconnue ou non comme l’explique si bien le philosophe G.I Gurdjieff. De plus, David s’est efforcé de se défaire de toute forme de conditionnement systémique et de toute forme de mécanicité comme l’explique si bien les écrits de Krishnamurti. Par ses dessins il a créé sa propre mythologie l’univers de DavideLeStrange ou Marce Attack comme il aimait personnaliser sa compagnie de publication. C’est important d’avoir sa propre identité souvent ancrée dans une approche créative ou mythologique comme l’explique Joseph Campbell dans ses écrits. Une approche qui accorde une importance à la profondeur, l’essence et qui dépasse la matérialité, car  l’existence n’est pas uniquement matérielle, il y a également une dimension spirituelle et immatérielle. C’est dans  cette dimension que David que nous avons tant aimé et chéri commence actuellement son nouveau séjour. 


Bonne continuation spirituelle et immatérielle mon cher ami ! 

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