Afin de bien comprendre, les origines de la conscience collective de nature socio-mystique du peuple haïtien qui prit son indépendance en s’affranchissant du joug colonialiste et esclavagiste en date du 1ier janvier 1804; il faut s’attarder à une étude historique du mysticisme et de l’occultisme révolutionnaire en Haïti. Essentiellement, ce type de mysticisme ou d’occultisme a été marqué par les actions militantes et spiritualistes de trois individus :  Déka, Dutty Boukman et François Makandal. Le savoir de ces prédécesseurs des héros de l’indépendance haïtienne, Toussaint L’Ouverture et Jean Dessalines, remonte à la périodisation précolombienne d’Haïti . En cette périodisation qui précède l’an 1492 et les conquêtes colonialistes de Diégo Colomb et Nicolas Ovando; le territoire géographique que nous connaissons sous le nom de Quiskeya Boyo (Ayiti) était habité et couramment visité par des populations noires de l’Afrique de l’Est comme l’expliquent les travaux scientifiques de Dr Ivan Van Sertima, Paul Alfred Barton et Pathé Diagne PhD.

AP in Early America Book

Pathé Diagne PhD auteur des ouvrages Tarana : l’Amérique un continent africain et L’Afrique, enjeu de l’histoire (afrocentrisme, eurocentrisme, sémiocentrisme) nous dit que la science mystique présente en Amérique auprès des populations noires et amérindienne étaient présentes dans les textes des  Permar, le nom qui fut donné aux pyramides par les  instances gouvernementales d’AlkelBulan (Afrique Noire proto-occidentale, soit avant l’an 5000 av.J.C). C’est dans ces textes que nous trouvons les origines du vrai nom d’Haïti. Ce nom est Ngayiti (Gayta Ayiti) ou Gwéléfri qui selon les dialectes africains ramakushique et coushite étudiés par Dr.Pathé Diagne désignent  le terroir des tribus africaines  Ta et Gay et NgayNgay installées amplement sur le territoire de Quiskeya Boyo, en période précolombienne.

TARANA

Dr Diagne nous confirme même que le terme Antilles est une déformation étymologique de Gay Ta et de la divinité africaine de l’Afrique noire proto-occidentale, NgayNgay désignant ainsi les populations noires de l’Afrique de l’Ouest originaire de la Guinée (le Royaume de Guanin) qui s’établirent en Amérique centrale aussi loin de le 13ième et 14ième siècle. Les études de Dr.Sertima et André de Quadrefages nous renseignent un peu plus sur ses populations noires et mystiques qui vécurent avec les autochtones sur le territoire d’Haiti (Saint-Domingue) avant l’an 1492. À travers l’ouvrage Races Humaines :Introduction à l’Étude des Races datant de 1889, les anthropologues  A. Quadrefages et Brasseur de Bourbourg nous font réaliser qu’une population noire nommée Caribale fut présente sur le territoire d’Haïti avant 1492. Il ne serait pas surprenant que la population Caribale mieux connue sous le nom de Quento Negro ait une ascendance guinéenne voire mandingue comme les autres populations noires africaines présentes en Amérique centrale, entre l’an 1200 et 1492.

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Certaines de ces populations noires qui étaient présentes dans les Caraibes au cours de cette période étaient : Les Almamys en Honduras, Les Guanini à Saint-Vincent et les Chuana au Panama. Toutes ces populations pratiquaient une forme de mysticisme et d’Ancestralité (le culte des ancêtres). Selon les études du recherchiste Antonio De Herrera, ces populations toute comme celles d’Haïti qui étaient connus sous le nom des Caribales ou des citoyens de Ngayiti (Ayiti) effectuaient couramment des vas-et-viens entre l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique Centrale. Ces voyages étaient effectués sur des navires africains assez modestes, nommés Almadias. D’après les analyses archéologiques de Dr. Ivan Van Sertima, les Almadias étaient  constitués  de bois de papyrus et de d’autre type de bois et métaux présents en Afrique de l’Ouest. Plusieurs de ces voyages permirent aux noirs africains de ramener aux indiens de l’Amérique de l’Almayzar, un type de coton grandement utilisé par les populations africaines.

Early America Revisited

Certes, plusieurs relations commerciales eurent lieu entre les populations autochtones amérindiennes et noires africaines sur le territoire de Quiskeya Boyo ou encore Ngayiti Gwéléfri. Entre 1492 et 1503, Christophe Colomb fut surpris des relations qui furent établies entre les indiens qu’il découvrit et les populations noires aux activités commerciales de l’Afrique de l’Ouest. Selon le Dr. Ivan Van Sertima, Christophe Colomb excessivement épaté en fit même un compte-rendu dans son journal de bord à la reine d’Espagne. Il déclara à cette dernière l’affirmation qui suit : « Plusieurs indiens me dirent que des population en provenance de d’autres endroits du monde dont l’Afrique étaient présents avant moi sur le territoire de Quiskeya non à des fin colonialistes mais amical et commercial.. » Ce que Colomb ne comprit point était le lien tissé qui permit aux indiens de s’entendre avec les noirs de l’Afrique de l’Ouest, plus précisément, le royaume du Ghana(Guanin). La relation entre les Indiens de Quiskeya Boyo (Ngayiti) et les voyageurs  de l’Afrique noire (Alkelbulan) était basée sur le respect organique et  le mysticisme !!!

Dès 1503, ce mysticisme permit aux africains mis en esclavage à Saint-Domingue de s’unir avec les indiens afin de  se rebeller contre les forces esclavagistes. C’est en date du 27 décembre 1522 qu’une des premières révoltes majeures des africains eut lieu sur le territoire de Quiskeya/ Ngayiti rebaptisé Saint-Domingue, cette révolte eut lieu sur l’habitation sucrière de Don Diego le fils de Christophe Colomb. Aidés de la guerilla armée du Bahoruco, les africains bien équipés tuèrent  une panoplie de colons espagnols. Ils allaient jusqu’à la plantation  d’un certain Michel Castro, ils saccagèrent sa propriété et libérèrent de force plusieurs indiens et africains induits sauvagement en esclavage.

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Par subséquent,  plusieurs autres révoltes allaient se produire pendant plus de 250 ans et furent dirigées par la foi mystique liée à l’ancestralité africaine et certains principes de l’Islam proto-arabe (Le Kusha Dwipa). C’est cette spiritualité sur laquelle allait réitérer  Déka, Dutty Boukman et François Makandal. Que sait-on de Déka? Vers la moitié du 18ième siècle, Déka  un jeune noir africain fut induit en esclavage à Saint-Domingue. Déka était un être robuste, intelligent et remarquable. Il fut acheté par le colon Barlatier au marché  Croix-Des-Bossales (Port-au-Prince) et fut amené sur la plantation de dernier dans le Nord-Ouest(Saint-Louis du Nord).  Actuellement, dans le mysticisme haïtien  le Déka est un représentant de haute instance du mysticisme universel en Haïti. Spécifiquement, d’après les analyses de Grégoire Dieuguélé Matsura PhD,  il représente le premier village mystique (vaudouisant), La ViloKan,  construit par des Africains en Amérique, plus précisément en  Haïti(Ngayiti) et où fut célébré la première cérémonie Vaudoue consacrée à Papa Legba.

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Selon les analyses de L.A Dauphin, un soir  Déka fut possédé psychiquement par un esprit ou un loa, ce qui lui fit poignarder à mort le chien de son maître. Barlatier junior suite à cela voulut liquider Déka. Il voulut même le tuer, cependant aucune balle ne sortit de son fusil. Déka était protégé par une force mystique et spiritualiste. Il prit la fuite. Il se dirigea à Morne Miguel soit à trois kilomètres de Saint-Louis du Nord. Après avoir traversé la Rivière des Nègres, Deka entendit une voix mystique. Celle-ci fut son interpellation. C’était celle de l’esprit mystique de ces ancêtres d’Alkelbulan (l’Afrique noire proto-occidentale). Selon Anthony Dauphin, Deka s’agenouilla et prononça les paroles qui suivent ‘ Ici c’est ma ville-au –camp soit  La Vilokan.  Par subséquent, il se dirigea à La Douceur(Artibonite) où se trouva un endroit mystérieux, cousu de forêts et d’arbres fruitiers ainsi qu’un paysage très paradisiaque; c’est là que Déka établit sa demeure et planta dans le sol certains objets animistes qui lui furent confiés par plusieurs prêtres d’Afrique noire (Alkelbulan). D’après Anthony Dauphin, ces objets enfouis par Déka symbolisent une sorte de matrice et une constitution de reliques devant servir d’interrelation spirituelle, entre la Terre d’Afrique (Alkelbulan) et  Haïti(Gwéléri). Le rite animiste et ancestral de la Vilokan ne date pas d’hier. Selon les études de Louis Anthony Dauphin, ce rite  est aussi vieux que l’instauration de l’esclavage des noirs africains dans la colonie de Saint-Domingue à partir de 1503.  Ce rite mystique allait grandement inspiré l’un des plus grands révolutionnaires marrons de la moitié du 18ième siècle à Saint-Domingue. Cet être énigmatique se nommait Makandal.

Makandal Cent

François Makandal se fit une réputation à partir de 1747. C’était  un mystique animiste et en partie un musulman ‘maraboutiste’ originaire de la Guinée. D’après Sylviane Diouf PhD, Makandal serait  culturellement un Shariff de la lignée familiale du prophète Mahomet. François Makandal fut induit en esclavage sur l’habitation Le Normand de Mézy au Limbé. Stratégiquement, c’est sur cette habitation qu’allait se tenir 44 ans plus tard le congrès mystique du  Bois Cayman présidé par Boukman. Makandal fut un esclave domestique, puis un commandeur. Selon l’analyste Bertony Dupont, Makandal était un grand orateur et instructeur. Il savait monopoliser et galvaniser les gens par sa grande culture générale. Pendant, six ans Makandal planifia judicieusement sa révolte. Celle-ci allait décimer et empoisonner plus de 6000 individus (colons blancs, esclavagistes, esclaves de maison et traîtres noirs). Cette révolte de Makandal qui a été planifiée pendant 6 ans fut effective pendant 3 ans d’après les données et documents des registres français datant de 1758.  En date du 26 janvier 1758, Makandal fut exécuté. Son esprit révolutionnaire allait renaître 33 ans plus tard en la personne de Boukman.

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Une bande-dessinée qui relate l’histoire de François Makandal. Cet ouvrage exceptionnel et rarissime dans l’historiographie haïtienne a été conceptualisé  par Frantz Derenoncourt Jr. en 2015

Qui était Boukman ?  C’était un noir africain qui aurait été induit en esclavage sur l’île de la  Jamaïque . Boukman fut grandement éduqué dans les coutumes mystiques de l’animisme ainsi que partiellement dans l’occultisme islamique, précédant la venue du Maraboutisme. Étymologiquement, son nom ferait référence à Book man soit l’Homme du livre; ce livre qui se trouve à être le Saint-Coran qu’il portait toujours à sa taille. Plusieurs chercheurs ont islamisé de manière dithyrambique l’histoire de Boukman comme nous l’explique le chercheur Rodney Salnave Dougan. Certaines études comme celles de Salnave, nous indiquent que d’autres acteurs de l’insurrection de 1791 comme Jean-François Papillon et Georges Biassou jouèrent un rôle plus prépondérant que Boukman ce qui serait à considérer avec un certain degré d’analyse. Or, Boukman reste le personnage de l’insurrection de 1791 qui a marqué l’historiographie haïtienne. Probablement que des études scientifiques et anthropologiques qui seront effectuées ultérieurement nous apporterons de nouvelles informations.

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Peinture axée sur l’insurrection du Bois Cayman de 1791

Boukman par moment surnommé Zamba ou Dutty était un Hougan, un grand initié du Vaudou et du Mysticisme Animiste. Boukman fut induit en esclavage sur l’habitation Turpin dans le secteur de la  Plaine du Nord (Saint-Domingue). En raison de sa corpulence, sa haute taille et sa force physique, son maître le désigna comme contremaître. Selon l’historien  Jean Fouchard, Dutty Boukman  au plan professionnel fut cocher et commandeur de l’Habitation Clément. Cette profession permit à Boukman de se familiariser avec certains rouages logistiques liés aux plantations esclavagistes de Saint-Domingue. L’insurrection d’août 1791 a été une démonstration pratique de L’animisme d’Alkelbulan(Afrique noire) démontré par Boukman et ses associés Jean-François Papillon, Georges Biassou, Cécile Fatiman, Halaou, Romaine La Prophétesse(Romaine Rivière) et  Jeannot Bullet. Cette démonstration révolutionnaire et mystique n’était pas ancrée dans une orthodoxie islamique comme plusieurs prosélytes musulmans aiment tant le dire.  Or, le congrès mystique du 14 août 1791 au 23 août 1791 refléta la sapience du Kusha Dwipa (connaissance noire spirituelle de l’Afrique précoloniale récupérée par les adeptes arabo-musulmans de l’Islam orthodoxe) et de l’Animisme révolutionnaire de l’Afrique Noire préadamite (Alkelbulan).

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L’essence spiritualiste qui apparut dans au cours de ce congrès fut la même qui apparut dans la révolte de Déka et François Makandal. Pour ceux qui ne le savent pas, l’essence du paradigme mystique de Déka qui inspira grandement Boukman et  Makandal est apparue dans les études clairvoyantes des prêtres vaudous et occultistes  Legba Eliézer Cadet et Micado Cadet. Ces études clairvoyantes nous confirment que le paradigme mystique de Deka s’est fait entendre en date du 27, 28 et 29 septembre 1803, en vue de prédire aux généraux de l’armée indigène de Dessalines les prédictions suivantes : 1– Les instructions et directives sur la conduite à suivre pendant la Bataille de Vertières 2– Le choix des Gonaives comme lieu de célébration de l’indépendance 3– La date officielle de l’indépendance d’Haiti soit le 1ier janvier 1804. En date du 27, 28 et 29 septembre 1803 plusieurs cérémonies mystiques, animistes et ancestrales furent organisées selon la vision du prêtre vaudou  Micado Cadet (fils de Legba Eliézer Cadet) au cours desquelles les esprits de Déka, Boukman et Makandal furent évoqués. Il est important de ne pas confondre Legba Eliézer Cadet et Micado Cadet avec avec le révolutionnaire vaudouisant  Éliezer Cadet né en 1897 qui fut membre du U.N.I.A de Marcus Garvey.

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Élizier Cadet, né en 1897, ce révolutionnaire vaudouisant membre du U.N.I.A de Marcus Mosiah Garvey  assista au premier congrès Pan-Africain qui fut organisé à Paris (France) en 1919 à ne pas confondre avec les occultistes  Micado Cadet et Legba Éliézer Cadet

Actuellement, 213 ans plus tard,  les dates de la fin septembre (27, 28 et 29 septembre) sont toujours préservées par les vrais adeptes du mysticisme, de la métaphysique et de l’occultisme en Haïti qui honorent de manière véritable le paradigme de Déka, Boukman et Makandal. Cela fait partie des paramètres spiritualistes de plusieurs sociétés secrètes haitiennes qui ont su par leurs pratiques préserver le vrai patrimoine spirituel, parapsychologique et ancestral des noirs qui ont peuplé la terre d’Haïti durant la période précolombienne et durant la période esclavagiste. Actuellement, le paradigme de Deka, Boukman et Makandal est toujours honoré mais par une population fragmentée et initiée dans les vraies valeurs socio-mystiques  d’Haïti.

***La Dissertation qui précède fut rédigée par Kapois Lamort (Vladimir Al-Jaww A. Delva), B.A en Histoire, diplômé de l’UQAM . Elle a été agencée et structurée sur le web par Johny Funeste webmestre de Production Noire (Prod Noire Corpo)****

Bibliographie sélective :

Amalik Makandal, Vudun : force de vaincre force de vivre. éd. LOF, 2014 

Guerdy Preval, Histoire de la culture haïtienne , éd. Histoires Nouvelles, 2012

Ivan Van Sertima, African Presence in Early America, ed. Transaction Publishers, 1987

Ivan Van Sertima, Early America Revisited, ed. Transaction Publishers, 1998

Jean Fouchard,  Les marrons du syllabaire: quelques aspects du problème de l’instruction et de l’éducation des esclaves et affranchis de Saint-Domingue, éd. Henri Deschamps, 1953

Louis Anthony Dauphin , texte biographique sur le révolutionnaire Déka: http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/53324/Le-mystere-et-le-symbolisme-de-La-Vilokan-la-rencontre-de-deux-mondes

Pathé Diagne, Tarana ou l’Amérique Précolombienne: Un continent africain, éd. L’Harmattan, 2010

Paul Alfred Barton,  A History of the African-Olmecs: Black Civilizations of America from Prehistoric Times to the Present Era, éd. 1st Book Library,  2001

Prince Weber Tiécoura Dessalines D’Orléans Charles Jean Baptiste, La critique de l’Armée indigène, la défaite de Napoléon en Haïti , éd. LOF, 2014

Rodney Salnave Dougan   http://bwakayiman.blogspot.ca

Wesley Muhammad PhD, Black Arabia & the African Origin of Islam, éd. A-Team Publishing, 2009

One Comment on “Le Paradigme mystique de Déka, Boukman et Makandal (partie 1)

  1. J’aime bien ce site surtout il relate les mystères sociales culturelles et religieuses de notre cher patrie commune , mais faute de problème visuel la couleur de fond ne vas pas trop bien un petit ajustement me fera beaucoup de plaisir sois au niveau des caractères ou de la couleur de fond . Mais j’aime bien votre travail , car ce genre de travail est important et nécessaire pour rebâtir notre cher Haïti « car un peuple qui oublie ces origine est appelé a le revivre « 

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