L’étude qui suit retrace les particularités sociales et historiques de la population haïtienne qui fut présente en Nouvelle-France (Québec) et dans certaines régions du Bas-Canada entre 1717 et 1867.  Vous verrez que la présence de cette population impacta la société canadienne bien avant la confédération. C’est avec beaucoup d’enthousiasme que les équipes administratives de KapoisLamort.com, Prod Noire Corpo (Production Noire)  et  LetaBoukman.org vous présentent cette recherche studieuse.

Plusieurs ont tendance à  attribuer  l’immigration haïtienne du Canada  à l’exil des professionnels d’Haïti au Québec vers la fin des années 1950 ainsi que tout au long des années 1960, puis à la vague d’immigrants haïtiens massive des années 1970, suite à la fin des traitements préférentiels. Pour certains l’histoire de la communauté haïtiano-canadienne est circonscrite dans le temps sur une périodisation de 57 ans (entre l’arrivée des professionnels  haïtiens au Québec dès la fin des années 1960 à  celle de la venue massive des migrants haïtiens au Canada en 2017). Une perception qui est totalement erronée et biaisée.  Plusieurs seraient surpris d’apprendre que des Noirs originaires de Saint-Domingue (Haïti) étaient présents en Nouvelle-France (Québec) dès le début des années 1700. Selon les renseignements anthropologiques et les données statistiques de Daniel Guay, Marcel Trudel et Franck Mackey, plusieurs haïtiens au statut d’immigré ou d’esclave sont présents en Nouvelle-France (Québec) dès 1717. Selon Dr. Daniel Guay le premier  haïtien recensé est arrivé en Nouvelle-France (Québec) en 1728 et près d’une dizaine sont apparus entre 1729 et 1797. D’après le Dr. Guay tous ces noirs originaires de Saint-Domingue avaient le statut d’esclave.

Marie-THÉRÈSE ZÉMIREMarie-Thérèse Zémire  une femme noire née en Afrique de l’Ouest vers 1771  puis induite en esclavage à Saint-Domingue (Haiti). Zémire fut  acquise par Madame Benoîte Gaëtan, l’épouse du peintre François Malépart de Beaucourt, qui l’emmena à Montréal en 1792 au début de la révolution haïtienne. Marie-Thérèse Zémire est décédée à Montréal en 1800 à l’âge de 29 ans

Quant aux autres, ils sont nés à Port-au-Prince après l’indépendance haïtienne de 1804. Ils sont donc des immigrés. Paradoxalement, le Dr. Guay relate aussi qu’Haïti est une destination pour les Noirs du Québec, dès le premier quart ou le deuxième tiers du 19ième siècle, car pour pallier la carence de main-d’oeuvre en  Haïti , surtout pendant la période immédiatement postérieure à l’Indépendance de celle-ci, le roi Henri-Christophe fit venir des noirs et mulâtres de l’Amérique du Nord pour les enrôler parmi ses sujets au sein de sa monarchie et de son royaume. Un entrepreneur énigmatique et journalier du nom de Hilaire L’Amour né à Saint-Domingue (Haïti) était très notoire et illustre dans le Montréal des années 1780. D’après les données de l’historien Frank Mackey auteur de l’ouvrage Black Then: Blacks in Montreal 1780’s- 1880’s ; Hilaire L’Amour aurait affranchi et  acheté sa femme pour près de 12 000$ en date du 3 décembre 1787. Catherine Guillet Curra  une haïtienne originaire de  Saint-Domingue (Haïti) née en 1788 était la fille d’esclaves africains. Curra fut vendue et importée en esclavage au Bas-Canada (Province of Quebec) vers la fin des années 1790.

 

En date du 26 mai 1806, cette ravissante  haïtienne du Québec se maria à l’homme d’affaires modeste William Wright, un ancien esclave d’un royaliste écossais du nom de James Dunlop qui devint un magnat de l’entrepreneuriat du Canada du début du 19ième siècle. Suite au décès de James Dunlop, William Wright résida avec sa femme Catherine Guillet Curra sur l’ancienne propriété de John Trim et ce jusqu’en 1820. Cette propriété lui fut léguée par James Dunlop.  Après la mort de William Wright en 1825, Catherine Guillet Curra se remaria. Elle épousa Jacob Abdallah Sr. , un des  fondateurs du Colour Brethen , une association fondée par douze hommes d’affaires noirs prospères du Bas-Canada ,ayant à leur tête Alexander Grant, qui luttèrent avec acharnement pour l’abolition de l’esclavage au Canada et au Québec. Les trois enfants que Catherine Guillet Curra eut avec Jacob Abdallah Sr moururent en bas âge entre 1832 et 1833 , en raison de l’épidémie de choléra qui sévissait en Amérique du Nord au cours de cette période.

Selon les recherches universitaires du chercheur Robin W. Winks, plusieurs associations colonialistes et organisations anti-esclavagistes du Canada établissent des rapports avec  Haïti, au cours des années 1850 et 1860. Par subséquent, cela mène à la création de la Emigration Convention et Chatam Convention entre 1854 et 1855. Par conséquent, un prêcheur afro-américain du nom de James Théodore Holly et 111 noirs dont une forte partie originaires du Canada ouest s’établissent à Saint-Marc (Haïti) en 1861. La croissance de la population  haïtienne au Canada subit une certaine stagnation suite aux années qui suivirent la confédération canadienne de 1867 et ce avant de reprendre son essor grandissant, vers les années 1960 soit suite à l’abolition des traitements préférentiels et politiques en matière d’immigration canadienne.

 

Sources bibliographiques :

Daniel Guay, Les Noirs du Québec 1629-1900, éd. Septentrion, 2004

Frank Mackey, Blacks in Montreal 1780’s-1880’s, McGill Queens, University Press, 2004

Joseph Mensah, Black Canadians : History, Experience, Social Conditions, éd. Fernwood Publishing, 2010

Marcel Trudel, Deux siècles d’esclavage au Québec, éd. Bibliothèque Québécoise, 2009

Robin W.Winks, The Blacks in Canada, éd. McGill-Queen’s University Press, 1997

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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