François Cappoix serait né en 1766 sur l’habitation de Delaunay située dans les hauteurs de Port-de-Paix. Cappoix était un noir créole de Saint-Domingue c’est-à-dire né dans la colonie contrairement au congo qui sont nés en Afrique. Il était le fils d’esclaves noirs vivant sur le domaine de riches, aisés et notoires planteurs français. Par moment, certaines altérations de phonétiques et des déformations linguistiques firent en sorte que le nom de Cappoix était souvent déformé ; en s’écrivant ainsi Capois, Capouet ou Cappouet.

Cependant, le Dr. François Dalencour nous confirme que seul le nom orthographié de François Cappoix est celui qui fut retenu en forte partie par l’Histoire.  L’historien Céligny Ardouin nous apprend que François Cappoix avait un frère nommé José  Cappoix dont il écoutait couramment les conseils et renseignements. D’autant plus, Ardouin nous déclare que François Cappoix commença sa carrière militaire sous les directives du général E. Laveaux. En 1793, François Cappoix rejoint la résistance contre l’esclavagisme , après le passage de Toussaint L’Ouverture à Port-de-Paix. Par après, il s’engage, s’implique et s’enrôle de manière assidue et disciplinée dans la l’armée des rebelles marrons commandée par Jacques Morpas et gagne graduellement ses galons et ses grades d’officier; grâce à ses exploits faramineux et stratégiques contre les troupes françaises présentes à Saint-Domingue.

Sous les directives du colonel Morpas, François Cappoix devient lieutenant de la 9ième demi-brigade. Peu après, Cappoix fut capitaine du 3ième Bataillon, qui ne prit point part dans la guerre civile du sud de Saint-Domingue, entre Benoit Joseph André Rigaud et Toussaint L’Ouverture. Or, il combattit malgré tout Rigaud en raison d’un soulèvement qui se déroula dans le Nord-Ouest sous la direction de Lubin Golard. En février 1802, François Cappoix à la tête d’une centaine d’hommes de la 9ième demi-brigade commanda une embuscade sur le morne de la Coupe Aubert, un secteur campagnard, environnant la ville de Port-de-Paix. Lors de cette embuscade Cappoix fut atteint d’une balle à la jambe.

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L’historien et érudit Beaubrun Ardouin nous explique qu’après la soumission de Morpas au général Debelle en date du 26 février 1802; que François Cappoix passa au grade d’État-major du capitaine général Leclerc pour un laps de temps. Cette stratégie très calculatrice à des fins d’infiltration  en vue de mieux étudier les autorités esclavagistes permit à Cappoix de résider dans son comté de Port-de-Paix. À partir de 1803, plusieurs exploits militaires et stratagèmes sont concrétisés par Cappoix dont: la construction au Carrerouge, près de Saint-Louis du Nord, de plusieurs radeaux avec 150 hommes de la 9ième coloniale (demi-brigade) qu’il place sous le commandement du chef de bataillon Vincent Louis aidé en sous-ordre par le capitaine Gardel. Tout cela se structura entre le 17 et 18 février 1803. En date du 12 avril 1803, François Cappoix prit d’assaut encore sa propre ville de Port-de-Paix. Plusieurs doivent se demander d’où provint cette force intrépide et stratégie militaire s’imbibant en François Cappoix ? Comme plusieurs autres grandes figures de la guerre de l’indépendance d’Haïti François Cappoix avait une certaine mystique! Sur ce, en vue de revigorer son mysticisme , sa psychologie animiste et son génie militaire, en raison de plusieurs péripéties de la guerre de l’indépendance; le recherchiste Louis Anthony Dauphin nous informe que François Cappoix reçut une initiation ésotérique et éthérique de la part des clairvoyants éminents de l’époque Legba Éliézer Cadet et Micado Cadet en date du 27, 28 et 29 septembre 1803.

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Spécifiquement, ces clairvoyants vaudouisants et animistes firent et prédirent les actions suivantes : 1– Les instructions et directives sur la conduite à suivre pendant la Bataille de Vertières 2- Le baptême initiatique et ésotérique à des fins de protections militaires et spirituels des acteurs clés de l’indépendance (Cappoix, Dessalines) à la source La Douceur 3– La date officielle de l’indépendance d’Haïti et sa célébration aux Gonaives en date du 1ier janvier 1804.

Plusieurs soldats vaillants et initiés tels Clervaux, Paul Prompt et Dominique jouèrent un rôle prédominant dans la bataille de Vertières du 17 et 18 novembre 1803.  Or, François Cappoix en est perçue comme la figure instrumentale qui s’en est grandement illustrée, et ce grâce à sa méthodologie militaire utilisée dans la prise de la Butte à Charrier lors de la fameuse Bataille de Vertières. Comme le relate le Dr. François Dalencour :«  Pour atteindre Charrier,  François Cappoix devait en longeant le ravin passer sous le feu de cette batterie. Quand il arriva vis-à-vis du pont, il fut accueilli par un feu si vif , que les soldats de la 7ième, 9ième et 14ième brigade (demi-brigade) qui formèrent l’avant-garde chancelèrent. Cappoix qui n’avait jamais fui devant les français releva, par son audace et le courage de ses grenadiers et il leur fit entendre de sa voix imposante Il faut mes braves, vous rendre maître de cette bute, le salut de l’armée en dépend, en avant !!! Les grenadiers de la 9ième brigade s’élancèrent avec rage au devant de la mort. Néanmoins, l’artillerie française, bien servie, les culbuta par de vives décharges (…) Cappoix  fit un dernier effort. Monté sur un cheval richement caparaçonné , il s’élança de nouveau, plein d’ardeur contre le fort. Ses soldats le suivent; ils sont repoussés ; ils s’indignent avec propension Cappoix les exhorte à le suivre. Soudainement, un boulet renverse le cheval de Cappoix, l’intrépide général tombe ; mais il se relève aussitôt, marche et s’écrie : EN AVANT , EN AVANT !!! » (source: pp.72-pp.73, Biographie de François Cappoix, Dr. F. Dalencour, 1956)

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De son côté, l’éminent historien Guerdy Jacques Préval renchérit sur la psychologie ésotérique de François Cappoix optée dans les derniers moments cruciaux de la Bataille de Vertières, par l’analyse qui suit :« Le général Cappoix fou de rage tombe sous l’emprise des divinité guinéennes (Lwa Ginen). Il pousse un cri de sa voix caverneuse qui effraye les soldats indigènes des 7ième, 9ième et 11ième bataillons qu’il commande. Ils se regardent les uns les autres, hagards, en écoutant leur chef Capois qui leur dit : Je ne veux garder à mes côtés que des braves, de vrais soldats vaillants pour atteindre la Butte Charrier. Les soldats répondirent : Nous soldats indigènes, Nègres africains (d’Alkelbulan), nous sommes des grenadiers sur lesquels, mon général, vous pouvez compter pour investir Charrier et ses occupants .  Le tout se résulte par la victoire de la Bataille de Vertières, tuant près de 55 000 soldats français supportant l’esclavagisme,  dans laquelle s’est grandement investie le général François Cappoix renommé Cappoix La Mort en raison de son héroïsme, son impassibilité,  son stoïcisme et de sa témérité. (source: pp.136-pp.141, Histoire d’Haïti la Nôtre, Guerdy Jacques Préval, 2008)

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Qu’advient-il de François Cappoix (Lamort) après la Bataille de Vertières et l’Indépendance  d’Haïti  du 1ier janvier 1804 ?  Dans la périodisation qui suivit la proclamation d’indépendance haïtienne , François Cappoix se consacre grandement à la reconstruction des infrastructures de son comté de Port-de-Paix. De ce fait, en février 1804, il achève la construction du Fort-des-Trois-Pavillons. En fin juillet 1805, François Cappoix obtient une promotion militaire de l’Empereur Dessalines (Jacques 1ier). Ainsi, il est promotionné comme général de  division du nord ayant le contrôle sur un vaste territoire géographique (Petite Anse, Plaine du Nord, Grande Rivière, Terrier Rouge, Ouanaminthe, Limonade, Monte-Christ, Laxavon et Samana entre autres). Par subséquent, cela crée de la jalousie et de l’envie auprès de certains congénères qui se sont battus à ses côtés, lors de la guerre de l’indépendance, notamment Henri Christophe. Or, François Cappoix fait preuve de beaucoup d’humanisme et de réalisme au niveau socio-personnel et dans sa gestion administrative. Il refuse d’appliquer avec promptitude des mesures sur la coordination des travaux forcés, comme le relate une lettre du 11 avril 1806 pour l’agrandissement du vieux fort colonial de la Ferrière. D’autre part, Cappoix désapprouve, par une lettre rédigée en date du 26 juin 1806, le manque d’entregent, l’absence de tact  et le barbarisme d’Henri Christophe face aux indigènes espagnols.  C’est alors qu’Henri Christophe  enverra plusieurs espions surveillés, tous les faits et gestes de Cappoix pendant une période ciblée.

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Plusieurs sources nous révèlent que Cappoix fut espionné, par des agents d’Henri-Christophe de l’été 1805 au début de l’automne 1806. Spécifiquement, ces espions se nommaient : Louis Almanzor, Jacques Simon et le colonel Pourcely.  Pendant près d’un an, ces espions ainsi que des conspirateurs et généraux comme Henri-Christophe, Geffrard, Alexandre Pétion et Étienne V. Mentor planifièrent la chute du régime dessalinien. Subséquemment, cela se réalisa par l’assassinat grotesque de Jean-Jacques Dessalines en date du 17 octobre 1806.  Deux jours plus tard, le héros monumental de la Bataille de Vertières, François Cappoix alias La Mort est brutalement et lâchement assassiné.  C’est dans la soirée du 19 octobre 1806 que Cappoix La Mort périt lors d’un assassinat brutal , orchestré dans le Fossé-de-Limonade, par des militaires proches  d’ Henri Christophe:  le général Romain, l’adjudant-général Gérard et le général Dartiguenave.

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Malgré son décès précipité à l’âge de 46 ans,  François Cappoix laisse un héritage et un patrimoine qui rayonne toujours 214 ans plus tard dans la psyché de plusieurs haïtiens (iennes) loyaux à la psychologie anti-coloniale, à l’idéologie dessalinienne,  au paradigme anti-esclavagiste et à la mentalité animiste. Ce qui se voit dans certaines concrétisations effectuées dans des secteurs culturels, éducatifs et philosophiques, au niveau national et international.

NB: La dissertation qui précède a été entièrement rédigée par Kapois Lamort (Vlad Al-Jaww Delva), B.A en Histoire de l’UQAM (Université du Québec à Montréal). Pour des infos ou questions complémentaires, vous pouvez le joindre à kapoislamort@hotmail.com 

Source:

François Dalencour, Biographie du général François Cappoix ( Le Héros de la Bataille de Vertières du 18 novembre 1803) , éd. Presses Nationales d’Haïti,  1956

Louis Anthony Dauphin, Le Mystère et le Symbolisme de La Vilokan la rencontre de deux mondes : http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/53324/Le-mystere-et-le-symbolisme-de-La-Vilokan-la-rencontre-de-deux-mondes

Bethony Dupont, Jean-Jacques Dessalines: Itinéraire d’un révolutionnaire, éd. L’Harmattan, 2006

Guerdy Jacques Préval, Histoire d’ Haïti  La Nôtre, éd. Histoires Nouvelles, 2008

 

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