Une figure de proue qui s’est démarquée par son paradigme vodouesque, panafricaniste et métaphysique en Haïti est Eliezer Cadet dit Legba alias Zèzè. Ce dernier est né en mai 1897 à Port-de-Paix dans le Nord-Ouest d’Haïti, est une figure pionnière du panafricanisme et de la diplomatie anticoloniale du début du XXᵉ siècle. Fils de Issu d’une famille aisée de commerçants et de producteurs de bois de campêche, il bénéficie d’une éducation constructive et soutenue qu’il débute à l’Institution Saint-Louis de Gonzague à Port-au-Prince. Ambitieux et soucieux de parfaire son éducation et d’acquérir une expertise technique, il se rend en France où il se forme au métier de mécanicien automobile. C’est lors de ce voyage qu’il aurait rencontré l’activiste et militante, Nancy Clara Cunard. Au cours de ses déplacements à l’étranger, confronté aux réalités de la ségrégation et du système colonial, il développe une vive conscience politique de la condition des peuples noirs à travers le monde.
Son engagement prend un tournant décisif lorsqu’il intègre l’Universal Negro Improvement Association (UNIA), le vaste mouvement panafricain fondé par le leader jamaïcain Marcus Garvey. Grâce à sa maîtrise du français et de l’anglais, combinée à son statut de citoyen haïtien
Zèzè devient un collaborateur stratégique pour l’organisation. Il serait même selon certains dires devenu le houngan du grand Marcus Garvey. L’épisode majeur de sa carrière survient en 1919 lors de la Conférence de la Paix de Paris, réunie pour remodeler le monde après la Première Guerre mondiale. Alors que le gouvernement des États-Unis refuse de délivrer des passeports aux délégués afro-américains, Eliezer Cadet utilise son passeport haïtien pour traverser l’Atlantique en tant que Haut-Commissaire de la UNIA.

À Paris, il plaide avec ferveur en faveur de l’autodétermination des peuples africains et dénonce le redécoupage colonial des territoires du continent par les puissances victorieuses. En marge des séances officielles de la conférence, il prend une part active au 1ᵉʳ Congrès Panafricain organisé par W.E.B. Du Bois, portant la voix des revendications anticoloniales au cœur de la capitale française. C’est également au cours de cette mission internationale qu’il noue des contacts avec le président libérien Charles D. B. King, préparant le terrain pour de futures relations entre la UNIA et la république libérienne.
Au-delà de son action diplomatique et militante, Eliezer Cadet est resté profondément attaché aux traditions culturelles et spirituelles haïtiennes, notamment au vaudou, qu’il a continué d’incarner tout au long de son parcours. Bien que son rôle ait été parfois oublié face à des géants du mouvement comme Garvey ou Du Bois, il demeure un des premiers Haïtiens à avoir porté les idéaux d’émancipation et de solidarité noire sur la scène diplomatique mondiale, marquant ainsi l’histoire globale du panafricanisme.

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