À l’automne 2005, j’ai eu une discussion phénoménale avec Lovhard Dorvilier(Le Voyou). Au cours de cette soirée, qui remonta aux environs du 23 novembre 2005, on aborda divers thèmes d’ordre philosophique, spirituel, social et socioéconomique. Le dialogue commença au métro Sauvé, puis se poursuivit dans le char de Lovhard. La discussion s’intensifia au McDonald du boul. Papineau  situé près de l’intersection du boul. Sauvé. Là nous parlions de la différence entre ouvrir une entreprise à but lucratif et une à but non lucratif, d’où l’importance accordée aux institutions qui se prénomment OBNL ou OSBL. Étant que pionnier du District 67 (St-Michel, Montréal); on entrevoyait la possibilité de se réapproprier notre quartier dans un angle socioéconomique et entrepreneurial. Pour ceux qui ne le savent pas, Lovhard Dorvilier avait effectué quelques années d’étude en administration et en gestion au Cégep de Rosemont, entre 1999 et 2001? Ce qui explique sa conscience entrepreneuriale et administrative. Définitivement, il avait raison à propos de cette réappropriation socio-territoriale du quartier St-Michel  à Montréal par les jeunes comme nous qui avions connus la culture hip-hop, le gangstérisme et l’entrepreneuriat de  rue.  Vers la moitié des années 2000, les tensions entre les quartiers du nord-est étaient très palpables. Elles le sont encore aujourd’hui. D’ores et déjà,  en 2005 on constatait que la seule solution pour remédier à une telle problématique était un meilleur  développement socioéconomique et éducatif de nos quartiers. La montée du  Côté Noir du Québec  comme le Voyou aimait tant le souligner. Lovhard disait souvent la parole suivante :«Il faut passer du pen au p.e.n soit le pouvoir économique noir!!! »

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Sur cette photo: Le Voyou (extrême gauche), Miss VVV, Microphone  Wolf, Mona Lisa et Kapois Lamort. Cette photo a été prise en décembre 2008 dans les studios du 102.3 FM Montréal

Cette parole était à la base de son psychisme révolutionnaire. Un psychisme enrichi par le panafricanisme, l’activisme sociopolitique et son amour pour l’histoire d’Haïti. De là , l’épatement de Lovhard pour certaines des explications qui se trouvèrent dans mes divers recueils philosophiques que j’avais réalisés et édités au printemps 2005 : De la création au Négrier, Du négrier à aujourd’hui, Plumes noires et Idéologies Noires.  Étant visionnaire, Lovhard Dorvilier (Lovy D) me conseilla de numériser tous mes ouvrages pour enfin les rendre accessibles à un plus large public. Nous n’étions même pas à l’époque de Kindle, Google Book et Kobo, mais par sa mentalité avant-gardiste, il voyait déjà comment je pouvais prendre de l’expansion dans l’industrie du livre numérique. Onze ans plus tard, je commence à considérer cette avenue avec ma maison d’édition, Production Noire au Qc(Prod Noire Corpo)  et les divers sites web que je supervise sur l’Internet. La conversation que j’ai eue avec Le Voyou comme tant d’autres qui s’en suivirent fut extrêmement riche en information. C’était un moment sublime qui ne se répète pas souvent dans une vie. Depuis qu’il nous a quittés, St-Mich n’est plus pareille! La descente du vibe dans le District 67 a commencé avec le décès tragique de Larock L’Instigatt et s’est amplifiée avec la mort subite du 67 Most Wanted (Lovhard Dorvilier).

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Parfois, je repense à la première fois que j’ai rencontrée Lovhard Dorvilier. Spécifiquement, c’était en date du samedi 22 février 1997 à la  Maison de la Culture de Côte-des-Neiges dans le cadre du concours Découverte de Jeunes Talents de l’organisme C.U.M.A.J. Il s’était présenté à moi comme D.J Lovy D. À l’époque il ne rappait pas. Il était D.J et organisateur d’événement artistique.

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Il m’invita moi et mon cousin, Jean Zombi,  à une fête qu’il organisa dans le sous-sol d’une église de la rue Charland, à la fin du mois de février 1997. J’avais 16 ans à l’époque et je ne pouvais pas sortir à ma guise. Je n’ai donc pas été à cette fameuse fête de peur de prendre une raclée de la part de mes parents. Mon cousin y a été et jusqu’ à ce jour, il  en garde un très bon souvenir. En date du 31 mai 1999, j’ai rencontré Lovhard au lancement du premier album de Muzion «Mentalité Moun Morne: Il n’ont pas compris». À cette époque, Lovahard venait de  sortir du pénitencier. Il était intéressé à me glisser quelques mots à propos de mon premier tout premier single radio,  Sang pour sang fou à lier. Il le trouvait extrêmement revendicateur et explicite. Lovhard Dorvilier a commencé à faire son nom en tant que rappeur entre 2000 et 2001, en optant pour le pseudonyme « Le Voyou».  Les vrais de vrais se rappellent de sa présence remarquable sur les titres « Acceptez-vous les frais » et « la classe disparue : hell » tirés du classique J’Rêvolutionne de Muzion remontant à 2002.

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Cette photo fut prise en date du 11 novembre 2014 dans les studios de radio-centre ville 102.3 FM Montréal. Elle a été effectuée, suite à l’émission hommage rendue à Lovhard Dorvilier (Le Voyou) par Dice B animateur de Nuit Blanche, la famille Dorvilier, Jenny Salgado,  ainsi que plusieurs artistes issus de la Dynastie des Morniers et du District 67.

Le Voyou a frappé fort avec son titre phare Bang! réalisé à l’hiver 2003. C’était un succès underground qui jouait grandement à des émissions de radio hip-hop montréalaises comme Nuit Blanche sur 102.3 FM et U.R.S.S (Union du rap de sous-sol) au 89.3 FM .  Ce titre et plusieurs autres exclusifs devaient se retrouver sur son premier opus « Ymonstyle pas compris» sur lequel il travaillait de manière assez assidue. Lors de la discussion du 23 novembre 2005 que j’ai eue avec lui, il me confia que diverses thématiques allaient être évoquées dans cet opus dont : le gangsta rap sociopolitique, l’histoire des noirs du Québec et  la sociologie de la diaspora haïtienne en Amérique du Nord.  Lovhard avait enregistré plus d’une vingtaine de titres pour son premier opus Ymonstyle pas compris!  D’autre part, cet album exceptionnel devait contenir un aspect très introspectif. Une introspection qui allait permettre au monde entier de connaitre l’homme qui se cachait derrière le pseudonyme  Le Voyou né Lovhard Dorvilier.  L’homme que j’ai connu comme artiste et activiste possédait une grande culture générale, une forte élocution ainsi qu’une grande épistémologie.

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                         Le Voyou accompagné de Muzion et de la Dynastie des Morniers

C’est cet homme qui m’a permis d’assister à ma toute première conférence socio-communautaire sur la politique haïtienne et panafricaniste au Québec! Cet événement remonte au 26 novembre 2005. Lovhard Dorvilier voulait que j’y assiste afin d’y promouvoir mes quatre recueils sur l’histoire et la philosophie des noirs que j’avais auto-publiés au printemps 2005. Par subséquent, au cours de cet événement j’ai rencontré les activistes haïtiens : Jean Saint-Vil, Patrick Volny, Franklyn Ulysse et le regretté Emmanu-El Djehuthy Thot. Cette soirée organisée par le Black United World fut très informative et éducative.

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Au début des années 2010, j’ai revu à quelques reprises Le Voyou lorsqu’il travaillait au magasin électronique MIX  situé au Centre Eaton (McGill). C’était un homme totalement transformé que j’avais rencontré à cette époque. Lovhard Dorvilier était dorénavant un père de famille responsable, un entrepreneur et un préposé au service à la clientèle gagnant sa vie de manière professionnelle et respectueuse. Il avait terminé avec la vie de gangster et ses activités illicites. Ce chapitre s’est conclu en 2009 lorsque sa merveilleuse fille est venue au monde. Il est sûr que Lovhard n’était pas un friand du 9à5, cependant il avait des responsabilités bien réelles face à lui. Il avait une fille et était maintenant dans sa mi-trentaine. Tout comme mon précepteur intellectuel Judge Dread Mathematik, auteur du premier recueil de poésie hip-hop paru au Québec;  Lovhard Dorvilier (Le Voyou) m’a offert de bons conseils philosophiques et spirituels, de la fin des années 1990 au début des années 2010!

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Je n’oublierai jamais Monsieur 67 Most Wanted!!! Je n’oublierai surtout pas notre toute dernière conversation, en date du 5 septembre 2014. À travers celle-ci qui se déroula un mardi matin devant le magasin MIX, du Centre Eaton;  il ne cessait de me parler de la petitesse d’esprit de la société québécoise et des problématiques liées à cette psychologie. De surcroît, il me conseilla d’ouvrir mes horizons sur diverses opportunités professionnelles et corporatives présentes dans l’ouest du Canada et à l’échelle internationale. Un mois plus tard, Lovhard décéda ! Toutes les conversations que j’ai eues avec celui-ci resteront gravées dans ma mémoire. Son énergie positive qui transcende à travers Maya Dorvilier(Maliciouz),  Jane Dorvilier, son jeune frère et plusieurs membres de sa famille, me console de jour en jour.

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                            Maliciouz urban artist soeur du grand Lovhard Dorvilier

J’ai par moment une petite larme au cœur, lorsque je revois les films et documentaires : Au nom de la mère et du fils, Sortie 67,  Scratch et Noir/N.W.A. Cependant, je me réconforte car je sais que tout comme Larock L’Instigatt, K-Fex, Pantha Zee et Mickey Style, il est actuellement entrain de s’épanouir dans la vie spirite. D’autant plus, ceux et celles qui croient dans son éternité spirituelle sont à chaque jour réconfortés, par l’énergie activiste et bienfaisante de son esprit désincarné!

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 Rest in Power Mister Le Voyou alias The 67 Most Wanted!

N.B: La dissertation qui précède a été rédigée par Kapois Lamort. Pour des informations complémentaires et biographiques sur le parcours professionnel et artistique de Lovhard Dorvilier (Le Voyou); procurez-vous l’ouvrage scientifique Les Boss du Québec : R.A.P du Fleur de Lysée sur www.lesbossduquebec.com ou www.kapoislamort.com 

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